Photo : Geai des chênes © Fabrice Croset

ESOD : de l’importance de recenser ces espèces communes malaimées

Etourneau sansonnet, Corneille noire, Corbeau freux, Pie bavarde, Geai des chênes… Saviez-vous que ces 5 espèces très communes étaient classées « Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD) ? C’est-à-dire qu’elles peuvent être détruites à tout moment de l’année. Redécouvrons l’importance de ces espèces communes et en quoi les recenser peut aider à leur préservation.

Des espèces communes dont l’avenir est incertain

Le classement en tant qu’ESOD place le Geai des chênes, la Corneille noire, le Corbeau freux, la Pie bavarde et l’Etourneau sansonnet dans une fâcheuse posture. Ces espèces sont soumises à une règlementation particulière autorisant leur destruction de façon illimitée, y compris pendant la période de reproduction.

Les ESOD sont classées selon 3 groupes : les espèces exogènes (ex. Vison d’Amérique), les espèces indigènes visées par des arrêtés triennaux (dont font partie nos 5 espèces d’oiseaux) et enfin les espèces inscrites uniquement dans certaines régions et dont la destruction est soumise à des arrêtés profectoraux annuels, comme le Pigeon ramier dans les régions agricoles portées sur la culture céréalière où il est accusé de causer des dégâts aux semis.

Les chiffres de destruction du dernier arrêté 2019-2023 sont effarants :

  • Plus de 4 millions de corneilles et corbeaux ;
  • 870 000 pies ;
  • 447 000 étourneaux ;
  • Plus de 16 000 geais (dans les 5 départements où l'espèce reste classée ESOD) .

Si les espèces d’oiseaux classées « ESOD » se portent globalement bien, ce n’est pas le cas du Corbeau freux dont les effectifs tendent à régresser (-36,7% sur les 18 dernières années selon l’analyse de 30 ans de STOC, avec près de la moitié des populations en Europe renseignées en déclin, l’espèce à fait son entrée en 2021 dans la catégorie Vulnérable de la liste rouge européenne des espèces d’oiseau menacées de disparition).

A travers sa campagne de plaidoyer « Présumés coupables », la LPO demandait la révision de l'arrêté triennal fixant la liste des ESOD du groupe 2, avec l’objectif de la voir disparaître, ou tout au moins considérablement réduite… Et il n'en a rien été, le ministère ayant suivi la plus part des demandes départementales centralisées en préfecture, les quotas du nouvel arrêté et la liste des espèces demeurent pratiquement inchangés...

Plus de détails dans le communiqué de presse de la LPO : L'Etat perpetue l'innaceptable massacre des animaux sauvages considérés comme nuisibles

Une source de services écologiques inestimable

Outre le fait qu’ils jouent le rôle d’équarisseur naturel sur les routes, les corvidés contribuent au maintien de la biodiversité en disséminant les graines des fruits consommés. Ils sont aussi de précieux auxillaires du secteur agricole, consommant les parasites du bétail et des cultures. Grand amateur de glands, le Geai des chênes contribue aussi à l’entretien des forêts et petits boisements ainsi qu’à la propagation spatiale des chênes.

L’étourneau quant à lui joue un rôle essentiel dans la régulation des insectes qui peuvent causer des dégâts dans les jardins et les cultures.

Quid du Choucas de tours ?

Le Choucas des Tours est une espèce protégée (inscrite à l'annexe II/2 de la directive "oiseaux") et n’est donc pas considérée comme "susceptible d'occasionner des dégâts ». Ce mal aimé des agriculteurs fait régulièrement l'objet de dérogations préfectorales autorisant son élimination massive.

Recenser ces espèces pour mieux les aider

Même si elles sont communes, pensez à recenser ces 5 espèces quand vous les observez, de préférence dans le cadre de listes complètes. Les données récoltées permettront de surveiller l’état de santé de leurs populations et motiver leur protection.

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